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DoseSociale | Le Burkinabè n’aime pas forcément “ce qui vient d’ailleurs”… il aime surtout ce qui est bien fait.

Il y a une phrase qu’on entend souvent au Burkina :
“Le Burkinabè n’aime pas son propre frère. Le Burkinabè préfère ce qui vient d’ailleurs.”

Cette phrase, on l’utilise partout.
Pour justifier un échec.
Pour expliquer un manque de soutien.
Pour cacher une rétention.
Pour couvrir une négligence.
Pour faire passer la médiocrité pour de l’injustice.

Et plus j’y réfléchis, plus je me dis qu’il faut avoir le courage de se regarder en face :
dans beaucoup de cas, cette phrase est devenue un alibi.

Un alibi commode pour éviter de dire la vérité.
Un alibi pour ne pas reconnaître que parfois, si le public ne suit pas, si le client ne revient pas, si le produit ne s’impose pas, ce n’est pas toujours parce que “les Burkinabè aiment l’étranger”.
C’est aussi parce que nous ne faisons pas encore assez bien les choses.

Oui, il faut le dire clairement :
oui, les Burkinabè aiment ce qui vient d’ailleurs.
Oui, ils écoutent souvent plus de musique étrangère.
Oui, ils s’habillent parfois davantage chez des stylistes étrangers.
Oui, ils admirent les accents d’ailleurs, les modèles venus d’ailleurs, les cuisines d’ailleurs, les manières d’ailleurs.
Oui, ils veulent parfois faire comme les autres.

Mais pourquoi ?

Parce que dans bien des cas, les autres le font mieux.
Voilà la vérité que beaucoup refusent de regarder en face.

Qui sont souvent cités parmi les meilleurs maçons au Burkina ? Des Béninois.
Qui sont souvent vus comme de très bons conseillers ou communicateurs ? Des Ivoiriens.
Qui dominent beaucoup de secteurs de vente et de commerce ? Des Nigérians, des Libanais, des Chinois, des Indiens.
Quels modèles de décoration séduisent le plus ? Très souvent des inspirations occidentales.
Quels tons de prise de parole sont les plus copiés ? L’accent ivoirien, l’accent français.
Quelles cuisines sont les plus convoitées ? Les cuisines venues d’ailleurs.

Et le plus dur, c’est que ce constat ne s’arrête pas au commerce ou à l’art.
Il touche jusqu’à nos habitudes, notre manière de nous présenter, notre rapport à nous-mêmes.

Un Burkinabè arrive en France, et parfois en quelques semaines il adopte les codes français.
Un Ivoirien arrive au Burkina, et tout son entourage veut parler comme lui, s’habiller comme lui, se comporter comme lui.

Alors non, le problème du Burkinabè n’est pas seulement “qu’on aime trop l’étranger”.
Le vrai problème, c’est plus profond :
le complexe d’infériorité, le manque de confiance, le manque de créativité… et surtout le manque de finition.

Oui. La finition.
C’est peut-être là que tout se joue.

Parce qu’en réalité, le Burkinabè n’a qu’une seule vraie exigence :
la qualité.
Il veut être fier de ce qu’il consomme.
Il veut sentir le sérieux.
Il veut voir l’effort.
Il veut toucher l’excellence.
Il veut de la validation par le travail bien fait.

Mais notre drame, c’est que très souvent, nous voulons cette qualité sans vouloir nous imposer à nous-mêmes le niveau d’exigence nécessaire pour la produire.

Prenez un sac ALIWAX.
Pourquoi cet accessoire est-il autant convoité ?
Parce qu’il y a eu de la finition.
Parce qu’il y a eu du soin.
Parce qu’il y a eu une vision.
Parce qu’il y a eu une compréhension de ce que veut le client : de la beauté, de la cohérence, de la valeur.

Regardez le Faso Danfani.
La matière est magnifique.
Le potentiel est immense.
La qualité du tissu peut faire dire “waouh”.
Mais regardons honnêtement ce qu’on en fait parfois : des créations sans audace, sans modernité, sans vraie mise en valeur, comme si on s’était arrêté à une autre époque.
On a un trésor entre les mains, mais on refuse parfois de le sublimer.

Regardez nos jus locaux.
Très souvent, ce sont les mêmes saveurs, les mêmes approches, les mêmes emballages, les mêmes présentations depuis des années.
Comme si l’innovation nous contournait.
Comme si le packaging, l’image, le design, la narration du produit n’étaient pas importants.

Regardez notre cuisine.
Le gonré, le zamnè, nos mets locaux… quelle richesse !
Mais combien de fois les valorisons-nous avec créativité ?
Avec une vraie présentation ?
Avec une nouvelle expérience ?
Avec une touche capable de transformer un plat populaire en fierté gastronomique ?

Même dans notre rapport au corps, à l’image, à la beauté, ce malaise existe.
Certaines de nos jeunes filles effacent leurs sourcils pour en redessiner d’autres, portent des mèches, des cheveux venus d’ailleurs, des standards venus d’ailleurs, comme si ce que nous sommes naturellement ne suffisait jamais.
Et ce n’est pas un jugement.
C’est le signe d’un malaise plus grand : nous avons du mal à croire que ce qui vient de nous peut être beau, moderne, désirable et puissant.

Pourtant, tout n’est pas noir.
Il y a des marques burkinabè qui sortent de l’ordinaire.
Il y a des artistes talentueux.
Il y a des artisans brillants.
Il y a des ouvriers sérieux.
Il y a des créateurs qui comprennent les codes du beau, de la qualité, de la rigueur.
Il y a des gens qui essaient.
Il y a des gens qui innovent.
Il y a des gens qui élèvent le niveau.

Mais il faut le dire avec franchise :
l’élan seul ne suffit pas.
Le talent seul ne suffit pas.
Le patriotisme seul ne suffit pas.
Le discours seul ne suffit pas.

Ce qu’il faut, c’est l’excellence.

Et c’est là que beaucoup se trompent sur le comportement du consommateur burkinabè.
Le Burkinabè ne consomme pas “ailleurs” juste par mépris de son pays.
Il consomme ailleurs parce qu’il cherche ce qu’il ne trouve pas toujours ici :
la rigueur, l’innovation, la présentation, la constance, la finition, la confiance que donne un produit ou un service bien pensé.

C’est pour cela que j’aime la vision portée aujourd’hui par le Chef de l’État, le Capitaine Ibrahim TRAORÉ.
Si certains ne l’ont pas encore compris, il faut le dire : au fond, cette vision n’a qu’un seul but nous pousser à créer, à transformer, à produire, à croire en nous, mais surtout à devenir excellents.
Parce que le Burkina n’a pas seulement besoin de patriotes.
Le Burkina a besoin de bâtisseurs compétents.
De créateurs inspirés.
D’entrepreneurs sérieux.
D’artisans ambitieux.
D’ingénieurs audacieux.
De commerçants rigoureux.
De jeunes capables de prendre une idée simple et de la transformer en produit irréprochable.

Le problème n’est donc pas que “le Burkinabè aime trop l’étranger”.
Le problème, c’est que nous avons trop longtemps laissé la médiocrité s’installer comme une habitude, puis nous avons voulu lui donner le nom de victimisation.

Non.
Le peuple burkinabè n’est pas ingrat.
Le peuple burkinabè n’est pas anti-burkinabè.
Le peuple burkinabè aime ce qui est beau, ce qui est fort, ce qui est propre, ce qui est sérieux, ce qui est bien fini.

Et tant que nous n’accepterons pas cette vérité, nous continuerons à accuser le public au lieu de nous remettre en question.

Moi, j’aimerais qu’à partir de maintenant, nous changions de logiciel.
Que dans un an, on voie une génération burkinabè transformée.
Une génération qui n’attend pas la validation de l’extérieur pour créer.
Une génération qui innove dans la technologie, dans l’agroalimentaire, dans la mode, dans l’art, dans la restauration, dans la transformation, dans la communication, dans le bâtiment, dans l’industrie.
Une génération qui ose.
Une génération qui soigne ses détails.
Une génération qui respecte le client.
Une génération qui comprend que le talent ne suffit pas, que l’amour du pays ne suffit pas, que la bonne volonté ne suffit pas : il faut du niveau.

Le jour où nous comprendrons cela, le jour où nous déciderons collectivement de faire les choses avec exigence, intelligence, modernité et finition, ce jour-là, plus personne n’aura besoin de supplier le Burkinabè de consommer burkinabè.

Il le fera naturellement.
Avec fierté.
Avec enthousiasme.
Avec loyauté.

Parce qu’au fond, le Burkinabè ne rejette pas ce qui vient de chez lui.
Il attend simplement que ce qui vient de chez lui soit à la hauteur de son amour, de son argent, de son regard et de ses attentes.


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