La lutte contre l’orpaillage clandestin prend de l’ampleur en Côte d’Ivoire. Des sites sont démantelés, des équipements saisis et des personnes interpellées. Mais derrière les images des opérations de terrain, une question essentielle mérite d’être posée : qui recrute les hommes et les femmes qui travaillent sur ces sites ?

Dans le débat public, une catégorie de personnes semble régulièrement se retrouver au centre des accusations : les jeunes Burkinabè. Pourtant, réduire le phénomène à leur seule présence sur les sites revient à regarder uniquement la partie visible d’un système beaucoup plus vaste.
Ceux qui creusent ne sont pas forcément ceux qui organisent
Pour de nombreux jeunes à la recherche d’un revenu, l’orpaillage peut apparaître comme une opportunité économique immédiate. Sans emploi stable et confrontés à des difficultés financières, certains acceptent de rejoindre des sites parce qu’un recruteur leur promet un salaire, une rémunération à la tâche ou une part des gains.
Ils sont des ouvriers. Des exécutants.
Cela ne signifie évidemment pas que l’activité clandestine doit être tolérée. L’orpaillage illégal peut avoir de lourdes conséquences sur l’environnement, la sécurité, les terres agricoles et les communautés locales.
Mais une question demeure : est-il réellement efficace de s’attaquer uniquement à celui qui tient la pioche ?
Si un jeune est expulsé ou quitte un site aujourd’hui, mais qu’un recruteur lui propose demain un autre chantier clandestin présenté comme rentable, le problème demeure entier.
Le véritable cœur du système ?
Derrière certains sites clandestins se trouvent nécessairement des personnes capables de mobiliser de la main-d’œuvre, fournir des moyens, organiser l’exploitation et écouler la production.
C’est cette chaîne qu’il faut davantage chercher à comprendre.
Qui finance ? Qui fournit les machines ? Qui met les ouvriers en relation avec les exploitants ? Qui organise leur transport ? Qui contrôle les sites ? Qui récupère l’or extrait ?
Tant que ces questions resteront secondaires, la lutte risque de s’attaquer davantage aux conséquences qu’aux causes.
La question mérite d’autant plus d’être posée que l’orpaillage clandestin ne saurait être présenté comme une activité portée par une seule nationalité. Des ressortissants de différents pays peuvent être impliqués à différents niveaux de la chaîne. Il serait donc dangereux de transformer une lutte contre une activité illégale en une stigmatisation d’une communauté étrangère.
Les Burkinabè ne doivent pas devenir les boucs émissaires
La présence de nombreux Burkinabè dans certaines zones d’orpaillage clandestin ne doit pas conduire à une généralisation.

Un travailleur burkinabè présent sur un site clandestin n’est pas automatiquement le responsable du système qui l’a amené sur ce site.
Il faut distinguer l’ouvrier du recruteur, le recruteur du financier et le financier de ceux qui organisent éventuellement la commercialisation de l’or.
Cette distinction est essentielle pour une lutte efficace, mais aussi pour préserver les relations entre les peuples ivoirien et burkinabè, profondément liés par l’histoire, les échanges économiques, la mobilité des populations et les liens familiaux.
Frapper les réseaux plutôt que seulement les petites mains
La véritable efficacité de la lutte contre l’orpaillage clandestin se mesurera donc à la capacité des autorités à remonter les filières.
Démanteler un site est nécessaire. Mais identifier ceux qui l’alimentent en travailleurs et en moyens est encore plus déterminant.
Car si le recruteur reste libre, un autre site peut rapidement être alimenté par de nouveaux jeunes en quête de revenus.
C’est là que se trouve probablement l’un des principaux défis : ne pas seulement arrêter ceux qui sont visibles sur les sites, mais comprendre et démanteler les réseaux qui permettent à ces activités de fonctionner.
Ceux qui creusent sont peut-être la partie émergée de l’iceberg. La véritable bataille se trouve peut-être plus haut, là où se décident le recrutement, le financement et l’organisation.
La lutte contre l’orpaillage clandestin gagnerait ainsi à être menée sans stigmatisation, mais avec davantage de ciblage : moins de boucs émissaires, plus d’enquêtes sur les réseaux.


Laisser un commentaire