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Portrait | Nescafé VIP : le parcours d’une femme qui refuse d’avoir honte de travailler

À Ouagadougou, elle est devenue un visage familier sur TikTok. Derrière le pseudonyme « Nescafé VIP », Aïcha raconte une histoire faite de renoncements, de courage et surtout de résilience. Après avoir quitté l’école, elle s’est lancée dans la vente ambulante. Quelques années plus tard, son activité lui a permis de s’acheter une moto scooter et de nourrir un rêve beaucoup plus grand : ouvrir son propre restaurant.

Elle s’appelle Aïcha. Sur TikTok, beaucoup la connaissent sous le nom de « Nescafé VIP ». Forte d’une communauté de plus de 67 000 abonnés, elle aurait pu choisir de montrer une autre facette de sa vie sur les réseaux sociaux. Elle a fait le choix inverse : montrer son quotidien, son travail et les réalités d’une femme qui se bat pour gagner honnêtement sa vie.

Son surnom lui-même raconte une partie de son histoire. Aïcha explique qu’elle est une femme qui roule beaucoup à moto et qui, par le passé, a connu des chutes. Elle s’est alors attribué ce surnom devenu aujourd’hui son identité sur les réseaux.

Mais derrière le personnage de « Nescafé VIP », il y a surtout une jeune femme au parcours loin d’être linéaire.

De l’école à la rue

Aïcha était autrefois une élève. Son parcours scolaire s’est cependant arrêté après son échec au BEPC, autour de 2018-2019.

Elle quitte alors l’école et doit progressivement trouver une autre voie.

La suite ne ressemble pas forcément au destin qu’elle avait imaginé lorsqu’elle était encore sur les bancs de l’école. Mais plutôt que de rester les bras croisés, Aïcha choisit de travailler.

C’est ainsi qu’elle se retrouve dans la vente ambulante.

Un métier qu’elle exerce depuis environ cinq ans et qu’elle assume aujourd’hui pleinement.

Pour elle, il n’y a aucune honte à gagner son argent honnêtement.

« Je n’ai pas honte de ce que je fais »

Aïcha est consciente que certaines personnes peuvent regarder son activité avec étonnement. Elle sait également que la vente ambulante est loin d’être un métier facile.

Pourtant, elle refuse de se cacher.

« Je n’ai pas honte de ce que je fais. Dans ça, je mange », explique-t-elle en substance.

Une phrase simple, mais qui résume parfaitement sa philosophie.

Chaque matin, sa journée commence très tôt. Vers 4 heures, elle se prépare. Puis direction le marché. Sa journée de travail se poursuit pendant plusieurs heures, entre déplacements, ventes et rencontres avec les clients.

À la fin de la journée, elle reprend sa moto et rentre chez elle.

Une routine éprouvante, mais qui lui a permis de construire progressivement son indépendance.

Une moto achetée grâce à son travail

L’un des symboles les plus importants de son parcours reste sa moto.

Aïcha raconte qu’elle a pu acheter sa propre moto en 2022, grâce aux revenus générés par son activité.

Pour une personne extérieure, il ne s’agit peut-être que d’un moyen de déplacement.

Pour elle, c’est beaucoup plus que cela.

C’est la preuve concrète que les efforts consentis pendant des années peuvent finir par produire des résultats.

Elle n’attend pas forcément que quelqu’un vienne changer sa vie à sa place. Elle travaille, avance avec ses propres moyens et espère qu’un jour ses sacrifices porteront encore davantage leurs fruits.

Pourquoi avoir montré son métier sur TikTok ?

Aïcha n’est pas la seule femme à exercer ce type d’activité dans les rues de Ouagadougou.

Elle le rappelle elle-même : elles sont nombreuses sur le terrain. Certaines possèdent également des motos et travaillent de la même manière.

Mais beaucoup préfèrent rester dans l’ombre.

Aïcha, elle, a décidé de faire le choix inverse.

Montrer son travail.

À travers ses vidéos et ses lives TikTok, elle veut faire comprendre à sa communauté qu’un métier simple peut aussi permettre de vivre dignement.

Et son choix a rapidement suscité de l’intérêt.

Des personnes l’ont contactée pour lui dire qu’elles souhaitaient elles aussi apprendre ou se lancer dans une activité similaire. Elle a alors partagé son expérience et expliqué à certaines comment procéder.

Ce qui n’était au départ qu’une manière de montrer son quotidien est donc devenu une source d’inspiration pour d’autres personnes.

Une femme qui veut construire son avenir

Aïcha ne veut cependant pas rester éternellement dans la vente ambulante.

Elle a déjà une idée très précise de ce qu’elle souhaite construire.

Un grand restaurant.

Pas simplement un petit point de vente improvisé, mais un véritable établissement dont elle serait fière.

C’est aujourd’hui l’un de ses plus grands rêves.

Elle sait que le chemin sera long et que les moyens nécessaires ne sont pas encore réunis. Mais elle refuse de considérer son rêve comme inaccessible.

Elle le dit avec conviction : elle finira par y arriver.

Cette ambition donne un autre sens à son travail quotidien. Chaque journée passée dans les rues, chaque vente réalisée et chaque difficulté surmontée participent, à ses yeux, à la construction de ce futur restaurant.

Une vie privée qu’elle protège

Sur les réseaux sociaux, Aïcha montre beaucoup de choses : son travail, ses journées, ses déplacements et son quotidien professionnel.

Mais elle garde certaines parties de sa vie dans le secret.

Elle n’est pas mariée et se décrit comme célibataire. Elle préfère toutefois ne pas exposer sa vie sentimentale sur les réseaux sociaux.

Une manière pour elle de préserver un espace personnel dans un univers numérique où tout peut rapidement devenir public.

Car si « Nescafé VIP » appartient désormais à des milliers d’abonnés, Aïcha reste aussi une femme qui a besoin de préserver une partie de son intimité.

Une leçon de résilience

L’histoire d’Aïcha ne raconte pas seulement celle d’une vendeuse ambulante devenue populaire sur TikTok.

Elle raconte surtout celle d’une femme qui, après avoir quitté l’école, a choisi de ne pas abandonner.

Elle aurait pu considérer son parcours scolaire comme une fin. Elle en a finalement fait le début d’une autre aventure.

Cinq années de travail lui ont permis de gagner son indépendance, d’acheter une moto et de se construire progressivement une communauté.

Aujourd’hui, elle veut aller plus loin.

Son histoire rappelle une réalité souvent oubliée : la réussite ne suit pas toujours un parcours classique.

Certains réussissent après de longues études. D’autres construisent leur avenir à force de travail, de persévérance et de petits pas quotidiens.

Aïcha fait partie de ceux-là.

Et lorsqu’elle affirme qu’elle n’a pas honte de son travail, son message dépasse largement sa propre personne.

Elle s’adresse à toutes celles et ceux qui exercent des métiers parfois méprisés ou sous-estimés : tant que le travail est honnête, il n’y a aucune honte à se battre pour vivre.

Aujourd’hui, elle vend son café dans les rues de Ouagadougou.

Demain, elle rêve de voir son nom inscrit sur la façade d’un grand restaurant.

Et entre ces deux réalités, il n’y a qu’une chose dont Aïcha semble ne jamais manquer : la détermination.

Wendbenedo – La rédaction


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