
Cette question résume, à elle seule, le moment que traverse le Burkina Faso.
Car la paix ne se proclame pas. Elle se construit dans la durée, dans les consciences, dans les paroles et dans les actes.
Notre pays est durement éprouvé par le terrorisme. Une réalité douloureuse qui a coûté des vies, déplacé des populations et fragilisé le tissu social. Aujourd’hui, des signes d’amélioration sont perceptibles. Ils sont le résultat de sacrifices consentis, de choix difficiles et d’un engagement collectif pour préserver l’essentiel : la survie de la nation.
Mais réduire le défi national à la seule question sécuritaire serait une erreur. Car au-delà des armes, un autre combat se joue : celui de la cohésion et de l’unité nationale.
D’un côté, émergent des discours qui s’approprient l’intégrité burkinabè, proclamant un patriotisme exclusif, se posant en arbitres de la légitimité nationale, voire en protecteurs autoproclamés du pouvoir. Sous couvert d’amour de la patrie, ces postures peuvent glisser vers l’intimidation, l’exclusion et parfois l’incitation à la haine. Or, le patriotisme ne se mesure ni à la radicalité du verbe ni à la capacité d’exclure l’autre.
De l’autre, existent des voix portées par la frustration ou le ressentiment, qui affirment vouloir le bien de la nation, mais dont la dénonciation permanente, parfois sans fondement, alimente la suspicion, la désinformation et la défiance. La critique est indispensable à toute société vivante ; le mensonge et l’exagération, eux, fragilisent davantage une nation déjà éprouvée.
Entre ces extrêmes se trouve l’essentiel. Ceux qui se battent au front, en première ligne, abandonnant leurs familles pour défendre la patrie, souvent dans le silence et l’anonymat. Ceux qui, dans les institutions et les services essentiels, ont pris leurs responsabilités pour maintenir le pays sur les rails, malgré les crises et les incertitudes. Leur engagement impose à tous retenue, respect et responsabilité dans le débat public.
La paix exige alors plus que des victoires militaires. Elle suppose l’élimination de tout facteur de trouble : les discours de haine, les provocations inutiles, les appels à la violence, qu’ils soient explicites ou dissimulés. Elle appelle une réconciliation nationale sincère, fondée sur le pardon, le retour à la confiance et la volonté de tourner les pages qui divisent.
Elle passe aussi par la représentation du peuple. Une nation ne peut durablement avancer sans institutions légitimes, inclusives et proches des citoyens. Redonner la parole au peuple, au niveau national comme local, demeure un pilier de la cohésion et de la stabilité.
Au fond, la question reste la même : sommes-nous prêts à faire des concessions ? À accepter la diversité des opinions sans y voir une menace ? À privilégier l’intérêt supérieur de la nation sur les postures individuelles ou partisanes ?
Le Burkina Faso ne se relèvera ni par la surenchère patriotique, ni par la délation permanente. Il se relèvera par la lucidité, la responsabilité et l’unité. La paix n’est pas seulement un objectif politique ; elle est un choix moral, un état d’esprit et un engagement quotidien.
Et ce choix, en définitive, nous appartient à tous.
La Rédaction



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