La Russie et la Chine très timides face à l’Iran

Alors que l’Iran subit une offensive militaire d’une ampleur inédite, Moscou et Pékin peinent à dépasser les déclarations de façade. Le « partenariat sans limites » affiché depuis 2022 révèle aujourd’hui toutes ses failles.

Depuis le 28 février 2026, des frappes américano-israéliennes s’abattent sur Téhéran, Ispahan et Qom, visant les hauts dirigeants du régime iranien dans ce que le Pentagone a baptisé l’opération « Fureur épique ». Face à cette offensive d’une ampleur inégalée au Moyen-Orient, la communauté internationale retient son souffle. Mais c’est surtout le silence assourdissant de deux acteurs majeurs qui frappe les observateurs : la Russie et la Chine, alliés autoproclamés de Téhéran, se contentent de déclarations prudentes, là où beaucoup attendaient une réaction ferme et solidaire.

Vice president Dmitri MEDVEDEV

Du côté de Moscou, on dénonce une « aventure dangereuse » susceptible de mener à une « catastrophe régionale ». Dmitri Medvedev accuse Washington de montrer son « vrai visage ». Mais ces mots, aussi vigoureux qu’ils puissent paraître, ne s’accompagnent d’aucune mesure concrète. Pas de convoi humanitaire, pas de soutien militaire, pas de démarche diplomatique agressive. La Russie observe, condamne du bout des lèvres, et attend.

La Chine, quant à elle, appelle à un « cessez-le-feu immédiat » et au « respect de la souveraineté iranienne », tout en plaidant pour une reprise du dialogue diplomatique. Pékin et Moscou ont conjointement demandé la convocation en urgence d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU geste symbolique, au demeurant prévisible, mais insuffisant pour constituer un véritable soutien à Téhéran.

Pour comprendre cette retenue, il faut regarder les intérêts réels en jeu. Du côté chinois, la relation avec Téhéran est profondément asymétrique : la Chine achète certes 90 % du pétrole iranien, mais ce pétrole ne représente que 10 % de ses importations totales. Plus déterminant encore, Pékin mène en ce moment même un processus de rapprochement délicat avec Washington, dont il ne souhaite pas perturber la dynamique. L’Iran, dans ce calcul, pèse peu face aux enjeux commerciaux et technologiques avec les États-Unis.

La logique russe n’est guère différente. Moscou a les yeux rivés sur l’Ukraine, et le rapprochement en cours avec l’administration Trump est trop précieux pour être sacrifié au nom de la solidarité iranienne. Comme le résume la spécialiste Ellie Geranmayeh, « la Chine veut Trump avec elle sur le commerce, les Russes veulent Trump avec eux sur l’Ukraine. Ils ont chacun des priorités bien plus importantes que l’Iran ».

Le mirage du bloc BRICS

La crise iranienne révèle au grand jour les fissures profondes du format BRICS+, que l’Iran a rejoint en 2024 avec l’espoir d’y trouver un filet de protection. Mais face à l’attaque, chaque membre a réagi selon ses propres intérêts : la Russie parle d’« agression », l’Arabie saoudite condamne l’Iran, l’Inde garde le silence, et la Chine se dit « préoccupée ». Difficile, dans ce tableau, de parler d’un front commun.

Il y a là un cruel paradoxe. C’est Xi Jinping lui-même qui, en 2022, avait forgé l’expression de partenariat « sans limites » entre la Chine, la Russie et leurs alliés. Aujourd’hui, les limites sont atteintes dès la première véritable épreuve du feu. La rhétorique anti-occidentale commune ne résiste pas à l’épreuve des intérêts nationaux.

L’Iran, allié commode mais sacrifiable

Pour Moscou comme pour Pékin, l’Iran a longtemps été un allié utile un levier de pression contre l’Occident, un marché d’armement, un partenaire énergétique. Mais dès lors que le soutien à Téhéran implique un coût diplomatique réel, les calculs changent. Les deux grandes puissances n’hésitent pas à brandir l’Iran comme symbole de résistance à l’hégémonie américaine, mais se figent lorsque la rhétorique doit se traduire en actes.

Pour Téhéran, la leçon est amère : dans la géopolitique des grandes puissances, les alliances proclamées cèdent le pas aux intérêts immédiats. La Russie et la Chine avaient promis un monde multipolaire. Face à l’Iran en flammes, elles offrent surtout un silence calculé.

La rédaction


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