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Édito | Donald Trump et l’illusion du Nobel de la paix : une diplomatie de la contrainte

Alfred Bernard Nobel et Donald Trump (IA illustration)

L’ambition affichée de Donald Trump d’obtenir le prix Nobel de la paix s’inscrit dans une rhétorique politique soigneusement construite, mais largement contredite par les faits. Derrière le discours d’un président se présentant comme un « faiseur de paix » se déploie une pratique diplomatique fondée non sur la médiation multilatérale, mais sur la contrainte, la pression asymétrique et la personnalisation extrême des relations internationales.

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La politique étrangère de Donald Trump rompt avec les canons classiques du libéralisme institutionnel pour s’inscrire dans une lecture transactionnelle et réaliste des rapports de force. Les conflits ne sont pas abordés comme des crises à résoudre collectivement, mais comme des leviers de négociation bilatérale au service d’intérêts nationaux immédiats, voire électoraux. Cette approche, loin de réduire les tensions, tend à les déplacer, les figer ou les aggraver.

Le cas israélo-palestinien illustre cette rupture doctrinale. En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et en marginalisant toute perspective d’État palestinien viable, l’administration Trump a abandonné le rôle d’arbitre traditionnellement revendiqué par Washington. Cette décision a déséquilibré durablement le cadre de négociation et renforcé les dynamiques de radicalisation, rendant toute solution politique plus éloignée.

La stratégie de « pression maximale » contre l’Iran relève de la même logique. Le retrait unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien, pourtant validé par les instances internationales, a affaibli la crédibilité des mécanismes multilatéraux de non-prolifération. L’assassinat ciblé du général Qassem Soleimani a marqué un tournant, normalisant l’usage de la force extraterritoriale et installant un précédent dangereux dans les relations internationales contemporaines.

En Afghanistan, les accords conclus avec les Talibans, en contournant le gouvernement légitime de Kaboul, ont illustré une diplomatie du court terme. Présentés comme une avancée vers la paix, ils ont en réalité consacré la victoire politique d’un acteur insurgé, fragilisant l’État afghan et précipitant son effondrement ultérieur.

Loin d’être marginale, cette approche s’étend à d’autres théâtres : soutien indirect à la guerre au Yémen, usage intensif des drones en Somalie, guerre économique contre le Venezuela, escalade stratégique avec la Chine. Autant de dossiers dans lesquels la réduction de la violence n’a jamais constitué l’objectif central, mais plutôt un effet de communication.

Sur le plan théorique, la diplomatie trumpienne s’apparente à un réalisme offensif décomplexé, où la paix est conçue non comme un processus, mais comme un rapport de domination stabilisé. Or, le prix Nobel de la paix récompense historiquement des démarches de désescalade, de dialogue et de construction institutionnelle. Il distingue ceux qui réduisent les conflits systémiques, non ceux qui les administrent par la force.

En définitive, Donald Trump n’a pas été l’artisan d’une paix durable, mais le promoteur d’un ordre international plus instable, marqué par l’érosion des normes, la fragilisation du multilatéralisme et la personnalisation excessive du pouvoir diplomatique. La quête du Nobel de la paix apparaît ainsi moins comme un objectif politique crédible que comme un instrument narratif au service d’une stratégie de légitimation personnelle.

Dans ce contexte, l’hypothèse d’un prix Nobel de la paix attribué à Donald Trump ne relève pas de l’analyse politologique, mais de la fiction politique.

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